Motion relative au soutien de la mobilisation nationale

Adoptée par consultation des membres du LEDa le 15 octobre 2026 : 53 voix pour, 7
contre et 1 « ne se prononce pas ».

1. Un soutien aux mobilisé·es

Nous exprimons notre soutien aux lycéen·nes, étudiant·es et enseignant·es qui se mobilisent partout en France pour défendre et améliorer les conditions d’enseignement et d’apprentissage, ainsi que les moyens consacrés à l’éducation. Leurs exigences ne sont rien d'autre que ce que l'État de droit leur doit : des conditions d'études décentes, la salubrité des locaux, l'adaptation thermique des bâtiments face à l'urgence climatique, ainsi que le remplacement et le recrutement massif de personnels (enseignant·es, AESH, infirmier·es scolaires, psychologues de l'Éducation nationale).

Ces revendications s’inscrivent pleinement dans les principes de notre ordre constitutionnel. Le Préambule de la Constitution de 1946 dispose que « la Nation garantit l’égal accès de l’enfant et de l’adulte à l’instruction ». Pourtant, les récents rapports de l'INSEE soulignent que la France reste l'un des pays de l'OCDE où les inégalités sociales à l'âge de 15 ans pèsent le plus lourdement sur les résultats scolaires. Environ 35 % des jeunes de 18 à 24 ans dont les parents appartiennent aux 20 % les moins aisés ont accès à l'enseignement supérieur, contre près de 90 % de ceux dont les parents appartiennent aux 10 % les plus aisés (Bonneau et Grobon, 2021). L’égalité des chances ne saurait rester une promesse abstraite.

2. Condamnation ferme de la répression et des violences d'État.

Pour seule réponse à cette demande fondamentale d'éducation, la jeunesse fait face à une répression d'une violence extrême. Nous sommes solidaires de toutes les victimes de violence. En particulier, nous dénonçons fermement l'usage de la force contre des manifestations lycéennes : gaz lacrymogènes, grenades de désencerclement et tirs de LBD-40 (arme classée comme matériel de guerre).

Les bilans de ce mois d'octobre 2026 sont accablants : le 9 octobre, le ministère de la Justice recensait près de 6 877 personnes placées en garde à vue depuis le début du mouvement, dont une écrasante majorité (86%) de mineur·es. Amnesty International et la Ligue des Droits de l'Homme alertent sur la multiplication des mutilations (lycéen·es éborgné·es ou amputé·es). Nous condamnons par ailleurs les sanctions administratives et la criminalisation de l'engagement des jeunes.

3. Continuité de la lutte : de la crise lycéenne à la précarité de la recherche.

En tant que laboratoire de recherche, nous rappelons que les lycéen·nes d’aujourd’hui sont les étudiant·es et les scientifiques de demain. Leurs revendications s'inscrivent dans la stricte continuité des nôtres. L'Enseignement Supérieur et la Recherche (ESR) subit les mêmes logiques de paupérisation : manque de postes, mise en concurrence des personnels, et dégradation de la santé mentale et financière de la communauté étudiante.

Aujourd'hui, près de 60 % des étudiant·es présentent des signes de souffrance psychologique, contre 35% pour la moyenne nationale, et plus d'un tiers sautent régulièrement des repas pour des raisons financières. Nous dénonçons également le système cynique des frais d'inscription différenciés (plan Bienvenue en France), qui impose aux étudiant·es extra-communautaires des montants multipliés par 16 environ à la rentrée 2026.

4. Les doctorant·es, premier·es fragilisé·es.

Les doctorant·es sont particulièrement touché·es par cette précarité. Iels acceptent des conditions de travail médiocres mais banalisées : contrats de trois ans, insuffisants pour mener un projet de recherche à bien, rémunérations qui peinent à couvrir le coût de la vie, et un avenir professionnel suspendu à une poignée de postes dont le nombre ne cesse de diminuer. Cette pression a un coût humain : 24% des doctorant·es souffrent de dépression et 17% d’entre elleux souffrent d’anxiété, contre respectivement 5% et 7% pour la population générale (Satinsky et al., 2021).

Au-delà de ces trois ans, les financements existent encore, mais ils sont rares et sélectifs, et cette sélectivité a un effet pervers : par crainte de perdre l’accès à un financement de visiting ou à un poste d’ATER, certain·es n’osent pas s’exprimer, y compris sur des difficultés qui les concernent directement, ni demander de l’aide. Situé·es tout en bas de la hiérarchie académique, les doctorant·es assurent une part essentielle de la production scientifique, de l’encadrement des étudiant·es et de l’enseignement, souvent sans que cet engagement ne soit reconnu à sa juste valeur. Premiers maillons de la chaîne de la recherche, les doctorant·es sont les premier·es à en subir les fragilités.

Nous demandons à ce que des conditions d'études, de recherche et de vie décentes soient garanties à l'ensemble des lycéen·nes et étudiant·es, sans distinction de nationalité. À ce titre, nous exigeons :

  1. L'arrêt immédiat de la répression des mouvements de jeunesse, l'abandon des poursuites judiciaires, et l'interdiction stricte du recours aux armes de guerre (LBD-40, grenades) en maintien de l'ordre.

  2. Un plan d'urgence d'embauche massive de personnels éducatifs, de santé, d’accompagnement et d’orientation, ainsi que la rénovation des établissements.

  3. L'abrogation du plan Bienvenue en France, la fin des frais d’inscription différenciés pour les étudiant·es étranger·es.

  4. La revalorisation des bourses, financée par une attribution des APL en fonction des revenus familiaux.

  5. Le gel des loyers du CROUS, la pérennisation de l'encadrement des loyers, et la construction massive de logements étudiants.

Nous appelons le gouvernement à écouter la jeunesse plutôt qu’à la faire taire, et nous exprimons notre entière solidarité avec les lycéen·nes et étudiant·es mobilisé·es.

Références :

Satinsky, E. N., Kimura, T., Kiang, M. V., Abebe, R., Cunningham, S., Lee, H., ... & Tsai, A. C. (2021). Systematic review and meta-analysis of depression, anxiety, and suicidal ideation among Ph. D. students. Scientific Reports, 11(1), 14370.

Bonneau, C., & Grobon, S. (2021). Enseignement supérieur: un accès inégal selon le revenu des parents. Focus du CAE, (76-2021).

BIENVENUE SUR LE SITE DU LABORATOIRE D’ECONOMIE DE DAUPHINE (LEDa) (UMR CNRS 8007, UMR IRD 260)

Le LEDa, Laboratoire d’Economie de Dauphine,  est une unité de recherche créée en 2009. Il regroupe l’ensemble des enseignants-chercheurs économistes de l’Université Paris Dauphine ainsi que des chercheurs IRD et CNRS. 

Ses recherches orientées dans le sens de l’aide à la décision concernent plusieurs enjeux de société de large spectre : santé et vieillissement, développement et mobilités, politiques macroéconomiques, environnement et climat ainsi que la finance. Elles se nourrissent de réflexions théoriques portant sur les fondements micro-économiques, l’économie du bien-être, les structures des marchés et des interactions, et  la question du risque.

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