Curriculum vitae

Razafindrakoto Mireille

Directeur de recherche IRD

mrazafindrakotoping@dauphinepong.fr

Publications

Articles

Razafindrakoto M., Roubaud F., Wachsberger J-M. (2014), Elites, Power and Control in Madagascar. Using a Political Economy Reading of History, Afrique contemporaine, 3, 251, p. 25-50

Cet article vise à fournir un cadre interprétatif de la trajectoire malgache sur le long terme en retraçant les noeuds structurants de son économie politique. La concomitance de périodes d'expansion économique et de crises politiques laisse en effet supposer qu'une des sources essentielles des difficultés rencontrées par le pays est sa faible capacité à instaurer un consensus politique stable autour des processus d'accumulation et des modes de répartition des richesses. Dans cette hypothèse, la compréhension de la trajectoire malgache passe par une relecture de l'histoire longue en vue de mettre en évidence, de la période coloniale à nos jours, les principaux acteurs, les sources de pouvoir et de richesse, les modes de régulation économique et sociale et les contradictions du système. Nous distinguons six grandes périodes, chacune séparée par une nette rupture qui ne réussit pas à en résoudre les principales contradictions.

This article sketches an interpretative framework for Madagascar's long-term history by mapping key junctures in its political economy. Concurrent periods of economic expansion and political crisis imply that the country's inability to reach a stable political consensus about wealth accumulation and distribution remains a fundamental source of its hardships. This theory holds that understanding Madagascar's trajectory requires a rereading of its distant past, from precolonial times to the present. The authors identify the central actors, the sources of power and wealth, the economic and social modes of control, and the contradictions of the system. We can see six main periods; a clean break separates each without resolving Madagascar's main contradictions.

Cling J-P., Razafindrakoto M., Roubaud F. (2011), The World Bank, between Transformation and Resilience, Critique internationale, 4, 53, p. 43-65

Since its creation, the role and mission of the World Bank have gradually expanded, allowing it to acquire its present leadership role in development policy. Faced with the crisis of legitimacy of the 1990s, this institution implemented profound, continuous changes. The promotion of new poverty reduction strategies that insist on the principle of policy appropriation by national actors and, more generally, take political economy and institutions into account constitutes a major turning point. There are nevertheless real limits to the application of these strategic changes. Indeed, the difficulty had by the World Bank in carrying out genuine reform is the result of structural constraints : the institution's dominance by the United States and other large industrialized countries hinders the development of internal government and the objectives of its three principal missions (finance, development aid and development research) contradict one another. Moreover, the hegemonic position the World Bank has created for itself as well as its exclusively economistic and orthodox vision ensure that the new themes and approaches it adopts are systematically refashioned in keeping with the dominant paradigm of the market. While this institution has shown a formidable capacity to stimulate innovative orientations, it thus struggles to realize them in practice.

Cling J-P., Razafindrakoto M., Roubaud F. (2011), Assessing the Potential Impact of the Global Crisis on the Labour Market and the Informal Sector in Vietnam, Economics and Development, 38, p. 16-25

Although the impact was less dramatic than in other Asian countries, Vietnam has been affected by the international crisis which started in 2008, resulting in a significant slowdown of economic growth. This paper aims at assessing the impact of this economic crisis on employment, unemployment and the informal sector. Contrarily to previous studies on this subject, we anticipate a very small increase of unemployment. According to our estimates, most of the impact of the crisis in terms of employment will actually be felt in the informal sector, where most new entrants on the labour market and laid-off workers will end up working. This feature will result in an urgent need to put in place specific policies to tackle informal sector low productivity and its manpower's lack of labour protection.

Razafindrakoto M., Roubaud F. (2010), Peut-on se fier aux bases de données internationales sur la Corruption ? Une confrontation entre enquêtes-experts et enquêtes-ménages en Afrique subsaharienne, World Development, 38, 8, p. 1057-1069

L'émergence des institutions, de la gouvernance et tout particulièrement de la corruption, comme enjeu majeur du développement a engendré la multiplication de bases de données internationales censées mesurer ces concepts. Cette étude s'interroge sur la pertinence et les limites des indicateurs globaux de corruption basés sur la perception des experts. Elle mobilise un dispositif d'enquêtes originales réalisées simultanément dans huit pays africains, couplant deux types d'enquêtes sur la même thématique. Les premières, menées auprès de la population (avec un échantillon de 35 000 personnes au total), permettent d'obtenir une mesure objective de l'incidence et des caractéristiques de la petite corruption bureaucratique. La seconde, menée auprès de 350 experts (enquête-miroir), mesure la perception que s'en font les experts. En confrontant ces deux sources, nous montrons que ces derniers surestiment systématiquement l'incidence de la corruption et que le classement des pays induits par leurs perceptions n'est pas corrélé avec la réalité. L'erreur d'appréciation des experts est d'autant plus forte que les pays sont mal notés dans les bases internationales, pénalisant les plus pauvres d'entre eux. Les analyses économétriques mettent également en évidence la présence de biais idéologiques, ainsi que l'existence d'un modèle culturel implicite, cohérent mais erroné, sur la façon dont « l'Afrique fonctionne ». Les experts ont tendance à surestimer massivement le niveau de tolérance aux pratiques corruptives de la part de la population et à sous-estimer l'importance qu'elle accorde aux questions de « bonne gouvernance ». Ces résultats plaident en faveur d'un usage plus précautionneux et raisonné des indicateurs globaux de gouvernance et confirment la nécessité de les compléter par des enquêtes auprès des acteurs concernés.

This study examines the limits of global corruption indicators based on experts' perceptions. It draws on a wave of original surveys conducted in eight African countries that combined two types of approaches. The first approach covers a sample of over 35,000 people and uses experience-based questions to measure petty bureaucratic corruption. The second (Mirror Survey) reports 350 experts' opinions. A comparison of these two sources paints a clear picture of the experts' errors of assessment. We also find evidence for ideological biases, with experts tending to rank countries based on their own political preferences, and the existence of an erroneous implicit cultural model of "how Africa works".

Lavallée E., Razafindrakoto M., Roubaud F. (2010), Ce qui engendre la corruption : une analyse microéconomique sur données africaines, Revue d'économie du développement, 24, 3, p. 5-47

Quels sont les individus les plus enclins à recourir à la corruption ? A qui demande-t-on des pots-devin ? Qui en payent ? Cet article explore ces questions à partir d'un riche corpus d'enquêtes-ménages comparables réalisées dans continent où la corruption sévit avec beaucoup d'acuité : les enquêtes Afrobaromètre. Afin de répondre à ces questions, il s'interroge également sur les caractéristiques des utilisateurs des services publics en Afrique. Notre article apporte des résultats nouveaux tant sur la propension à corrompre et l'exposition à la corruption que sur les déterminants de l'utilisation des services publics. Nos estimations montrent notamment que les facteurs d'appartenance ethnique, traditionnellement mis en avant en Afrique, ne jouent pas un rôle aussi clair sur la corruption que ne le suggère la littérature.

Who are the most prone to pay bribes? Who are angled for bribes? Who pay? This article explores these issues in sub-Saharan Africa, an area of the world where corruption is widespread. This paper empirical basis is a rich collection of comparable data provided by the Afrobarometer surveys conducted in 18 sub-Saharan African countries. So as to answer these questions properly, this paper also analyses the characteristics of users of governmental services in Africa. Our study yields new results about the exposure to corruption and the use of public services as well. Our findings notably show that ethnic and religious belongings, which are traditionally put forward in the literature about corruption in this continent, do not have a so clear effect on corruption.

Razafindrakoto M., Cling J-P., Roubaud F. (2009), Vietnam's WTO accession and export-led growth : introduction, Economie internationale, 2, 118, p. 5-12

Razafindrakoto M., Roubaud F., Torelli C. (2009), La mesure de l'emploi et du secteur informels : leçons des enquêtes 1-2-3 en Afrique, African Statistical Journal, 9, p. 43-129

La mesure du secteur et de l'emploi informel apparaît d'autant plus importante que ce secteur occupe une place essentielle dans les économies africaines, et que ce poids est encore amené à croître dans les années à venir. Cet article dresse un bilan des expériences d'enquêtes 1-2-3 sur le secteur et l'emploi informels qui se sont multipliées en Afrique depuis plus de quinze ans. Après avoir présenté les grands principes des enquêtes mixtes modulaires adoptés par les enquêtes 1-2-3 et leurs propriétés par rapport à d'autres types d'enquêtes, nous décrivons le schéma générique de l'enquête 1-2-3, sa logique et les limites qui en découlent. L'attention est ensuite portée sur les expériences nationales de mise en oeuvre des enquêtes. Nous montrons comment le fossé entre les principes et les pratiques a été comblé, la manière dont certains problèmes techniques ont été résolus sur le terrain et les questions qui restent à résoudre. Paradoxalement, nous concluons qu'il est aujourd'hui plus facile d'obtenir de données fiables sur le secteur informel que sur le secteur formel. Pour chacune des trois phases de l'enquête 1-2-3, nous illustrons nos analyses par des exemples significatifs de résultats obtenus dans les pays africains. Finalement, nous tirons quelques perspectives pour des développements futurs.

Measuring the informal sector and informal employment is of critical importance owing to the key role that this sector plays in African economies - a role that is set to expand in the years to come. This article presents an assessment of 1-2-3 surveys on the infor mal sector and infor mal employment, which have grown exponentially in Africa for more than 15 years. After presenting the fundamental principles of the modular mixed surveys adopted by 1-2-3 surveys and their properties in comparison to other types of surveys, we describe the generic schema of the 1-2-3 survey, its logic, and limitations. The focus of the article then shifts to national experiments in implementing surveys. We show how the gap between theory and practice has been bridged, the way in which certain technical problems have been solved on the ground, and the issues that remain to be adressed. Paradoxically, we conclude that today it is easier to obtain reliable data on the informal sector than on the formal sector. For each of the three phases of 1-2-3 survey, we illustrate our analyses with significant examples drawn from the African context. Finally, we delineate some perspectives for future developments.

Razafindrakoto M., Roubaud F., Torelli C. (2009), La mesure de l'emploi et du secteur informels : Leçons des enquêtes 1-2-3 en Afrique, Statéco, 104, p. 11-34

Cling J-P., Marouani M., Razafindrakoto M., Robilliard A-S., Roubaud F. (2009), The distributive impact of Vietnam's accession to the WTO, Economie internationale, 118, p. 43-71

La forte croissance de l'économie vietnamienne au cours des deux dernières décennies s'est accompagnée de profondes transformations économiques et sociales. En particulier, on a observé une forte réduction de la pauvreté, accompagnée d'une progression des inégalités sociales (quoique moins accentuée qu'en Chine). Dans ce contexte, la question de l'impact distributif de l'adhésion à l'OMC intervenue en janvier 2007 se pose avec acuité. Les premières simulations effectuées à l'aide de notre modèle de micro-simulation comptable indiquent que l'adhésion à l'OMC aura principalement quatre types d'effets redistributifs : gains d'emplois (en particulier industriels) ; croissance des salaires réels ; réduction des inégalités de genre ; progression des inégalités entre zones rurales/urbaines (mais tassement des inégalités globales). Nos résultats montrent l'importance de prendre des mesures pour accompagner l'entrée à l'OMC et saisir les opportunités offertes, en particulier dans le domaine de la formation, des migrations internes, des politiques régionales et de l'aide aux salariés touchés par les restructurations.

The strong growth of the Vietnamese economy over the last two decades has brought about sweeping economic and social changes. In particular, there has been a sharp downturn in poverty along with an upturn in social inequalities (albeit not as sharp as in China). This makes the question of the distributional impact of the country's WTO accession (January 2007) a particularly keen one. The firs simulations made using our micro-simulation model point to mainly four types of redistributive effects induced by WTO membership: job gains (especially industrial jobs), growth in real wages, reduction in gender inequalities, and increase in inequalities between rural and urban areas (but slight drop in overall inequalities). Our findings demonstrate the importance of flanking measures to accompany WTO accession and making the most the opportunities that arise, especially in the area of training domestic migration, regional policies and assistance to wage earners affected by restructuring.

Wantchekon L., Roubaud F., Razafindrakoto M. (2006), Gouvernance et démocratie en Afrique : la population a son mot à dire, Afrique contemporaine, 4, 220, p. 21-31

La gouvernance et la démocratie sont aujourd'hui mises en avant comme des déterminants fondamentaux de la réussite des politiques économiques, et plus généralement des niveaux de développement des pays africains. Ce fait découle de la conjonction de deux phénomènes. D'une part, face à l'échec récurrent des différents types de programmes préconisés par les grandes institutions internationales en Afrique, un consensus s'est établi sur l'importance, non seulement du contenu des politiques économiques mais aussi de la manière dont elles sont mises en oeuvre. D'autre part, s'inscrivant dans le mouvement qualifié de « troisième vague de démocratisation » à l'oeuvre à l'échelle mondiale depuis le début des années 1990, de nombreux pays en développement, en particulier sur le continent africain, se sont engagés dans un processus de transition politique. Différents concepts tels que la participation, l'empowerment, l'adhésion et l'appropriation (ownership) sont dorénavant placés au coeur des programmes de développement, comme les nouvelles stratégies internationales de lutte contre la pauvreté. La gouvernance et la démocratie ne sont pas uniquement censées jouer un rôle instrumental (la démocratie contribue à la bonne gouvernance qui elle-même favorise la croissance et contient les inégalités), mais elles représentent en elles-mêmes des dimensions constitutives du bien-être des populations. Par exemple, le respect des libertés individuelles (libertés politiques, liberté d'expression, etc.) peut être considéré comme une composante intrinsèque du développement ; de même, une administration intègre accroît le sentiment de justice en réduisant les pratiques discriminatoires (entre autres via la baisse de la corruption).

Today governance and democracy are commonly considered as key factors of success for economic policies in African countries, and, more broadly, for the level of development achieved. The first explanation is that the recurring failure of programs recommended by the international institutions in Africa has led to a broad consensus on the importance of both economic policies and the way they are implemented. The second explanation is that a global trend - "the third wave of democratization"- began in the early 1990s among many developing countries, including the African continent, so that political participation, empowerment, inclusiveness and ownership have become central concepts in development programs and international poverty reduction strategies. Governance and democracy were previously viewed as instrumental to development (democracy contributes to good governance, which in turn helps accelerate economic growth and reduce inequalities) and now are increasingly considered essential to public welfare as well. For example, the protection of individual rights (political freedom, freedom of expression, etc.) is a top priority, while a corruption-free administration that reduces discriminatory practices is critical to a perception of justice.

Roubaud F., Razafindrakoto M. (2006), Les déterminants du bien-être individuel en Afrique francophone : le poids des institutions, Afrique contemporaine, 4, 220, p. 191-223

Le bien-être subjectif fait aujourd'hui l'objet d'une littérature empirique de plus en plus abondante. Différentes catégories de facteurs (psychologiques, sociodémographiques et économiques) sont mises en avant pour expliquer le bien-être subjectif. Cependant, jusqu'à présent, les travaux sur ce thème portent essentiellement sur les pays développés. Par ailleurs, encore moins d'études se sont penchées sur les liens entre les facteurs institutionnels et le sentiment de bien-être. Cet article se propose d'évaluer dans quelle mesure les « faits stylisés » obtenus sur les pays développés, s'appliquent également dans les pays les plus pauvres. Sans négliger les autres facteurs, une attention particulière est accordée au rôle de la gouvernance et des institutions (économiques et politiques) sur le bien-être subjectif. Les données mobilisées proviennent des modules thématiques des enquêtes 1-2-3, un riche corpus d'enquêtes comparables menées auprès des ménages dans huit pays d'Afrique sub-saharienne. Bien qu'exploratoires, les analyses mettent en lumière trois types de résultats. En premier lieu, même si les pays africains se distinguent par quelques spécificités - comme l'impact positif de l'insertion dans l'informel sur le bien-être - on retrouve les effets de variables classiques comme le revenu ou l'éducation. En deuxième lieu, différents mécanismes à travers lesquels les institutions influent sur le bien-être sont identifiés. En plus des effets de la performance des institutions sur les conditions individuelles (en termes de revenu, d'éducation, d'emploi, de sécurité, etc.), la qualité des institutions peut engendrer des motifs de satisfaction intrinsèque. Enfin, l'analyse révèle un phénomène paradoxal : le niveau de confiance accordé au parlement est corrélé négativement avec le bien-être. Ce dernier résultat, significatif en particulier chez les quartiles les plus pauvres, peut s'interpréter par une attente plus forte des plus démunis à l'égard de la représentation démocratique, malgré ses dysfonctionnements.

Subjective welfare is an increasingly important topic for empirical literature. Several factors (psychological, socio-demographic and economic) are proposed to explain subjective welfare. Until now, research on subjective welfare has primarily focused on developed countries. Very little research has been done on the linkages between institutional factors and the perception of welfare by society. The intent of this article is to assess the applicability to the poorest countries of "stylized facts" collected in developed countries. Without minimizing the importance of other factors, the article pays particular attention to the impact of governance and institutions (economic and political) on subjective welfare. It uses data from thematic modules in 1-2-3 surveys, a large body of household surveys providing comparative data from eight countries in Sub-Saharan Africa. Although exploratory, the analysis highlights three types of results. First, despite specific characteristics, such as the positive impact on welfare of the widespread availability of employment in the informal sector, the data show that the impact of traditional variables (e.g. income and education) is also important in African countries. Secondly, the article identifies different ways for institutions to exert their influence. In addition, the quality of public services is examined in terms of income, education, employment, security, etc. Finally, the analysis brings to light a paradoxical finding: the level of trust in the parliament is negatively correlated with the level of welfare. This finding, which is particularly significant in the poorest quartiles, could explain the higher expectations of the poorest from the democratic apparatus, despite its dysfunctionalities.

Loup J., Cogneau D., Cling J-P., Razafindrakoto M., Naudet J-D., Roubaud F. (2006), L'égalité des chances: un nouveau défi pour le développement ?, L'Economie politique, 30, p. 21-40

Commentaire du "Rapport sur le développement dans le monde 2006: Equité et développement".

Razafindrakoto M., Roubaud F. (2005), Les multiples facettes de la pauvreté dans un pays en développement : Le cas de la capitale malgache, Economie et statistique, 383-384-385, p. 131-155

Le caractère multidimensionnel de la pauvreté est rarement pris en considération dans les pays où la pauvreté sévit avec le plus d'acuité. La disponibilité de données concernant la capitale malgache a permis de confronter différentes approches de la pauvreté et d'apporter un éclairage nouveau sur la nature et l'ampleur de la pauvreté. Parallèlement à la définition la plus classique basée sur le critère monétaire, différents concepts de la pauvreté reposent soit sur des critères objectifs (conditions matérielles d'existence, capital humain, exclusion sociale), soit sur l'appréciation subjective des ménages (perception générale, satisfaction des besoins jugés essentiels, aisance financière), rarement prise en compte dans le contexte des pays pauvres. Existe-t-il un noyau dur de pauvres, facilement identifiable, qu'il convient de réduire ? Ou au contraire, a-t-on affaire à différentes formes de pauvreté, qui ne se recoupent que partiellement et qui appellent des politiques différenciées ? Le faible recoupement entre les différentes approches confirme la nature multidimensionnelle de la pauvreté. La caractérisation des populations pauvres suivant les types d'approches montre par ailleurs des profils différenciés. À titre d'exemple, les variables d'origine sociale et de trajectoire influent sur la pauvreté « subjective » alors qu'elles n'ont aucun effet direct sur la pauvreté définie suivant des critères objectifs. Ces résultats impliquent que les stratégies de réduction de la pauvreté ne peuvent reposer sur un instrument unique, ni porter sur un seul domaine, mais doivent recourir à une palette de mesures touchant ses différentes dimensions.

Roubaud F., Razafindrakoto M., de Vreyer P., Cling J-P. (2004), La croissance ne suffit pas pour réduire la pauvreté, Revue française d'économie, 18, 18-3, p. 137-187

Cet article s'inscrit dans le débat actuel sur la croissance pro-pauvres. Il aborde la question de l'impact respectif de la croissance macro-économique et de la réduction des inégalités de revenus sur la pauvreté monétaire. Il met en évidence l'importance potentielle du second facteur et plaide en faveur d'une reconsidération de politiques distributives, aujourd'hui trop souvent reléguées au second plan. L'article s'interroge également sur la crédibilité des objectifs de réduction de la pauvreté fixés notamment par le premier des Millennium Development Goals (MDG). La première section analyse les facteurs qui ont conduit à l'adoption des nouvelles initiatives internationales de lutte contre la pauvreté (PRSP, HIPC). La deuxième section procède à une revue de littérature du rôle respectif de la croissance et des inégalités sur la réduction de la pauvreté. Partant d'une décomposition comptable de l'élasticité du taux de pauvreté sous l'hypothèse de log-normalité de la distribution des revenus, la troisième section propose des simulations de l'incidence de la pauvreté pour l'ensemble des pays en développement à l'horizon 2015, sous différents scénarios de croissance et d'évolution des inégalités. Tout en estimant que les pays africains ne pourront atteindre l'Objectif, ces simulations convergent d'une manière générale sur les gains potentiels en termes de réduction de la pauvreté procurés par une croissance pro-pauvres. Enfin, la quatrième section montre le hiatus entre ce résultat et la faible contribution des politiques redistributives dans les stratégies préconisées par les PRSP existants.

This paper contributes to the current debate on pro-poor growth. It discusses the respective impacts of macro-economic growth and the reduction of income inequality on monetary poverty. Our results emphasise the potential importance of the latter factor and suggest putting forward redistribution policies, which are usually hardly even considered. They also question the credibility of the first of the Millennium Development Goals (MDGs), which aims at halving the proportion of the population living in absolute poverty by 2015. The first section analyses the factors which lead to placing poverty reduction at the core of development policies. The second section conducts a survey on the impact of growth and inequality on poverty reduction in the economic litterature. The third section presents the results of simulations on the evolution of poverty incidence in all the developing countries by 2015. These simulations are based on an analytical formulation of the poverty elasticity, under a log-normal hypothesis concerning the income distribution, and making various assumptions on growth rates and the evolution of inequalities. Our estimates suggest that African countries will not meet the first MDG; they also come to convergent conclusions on the potential gains in terms of poverty reduction brought about by pro-poor growth. The fourth and final section reveals the contrast between the above result and the lack of interest for redistribution policies within existing PRSPs (Poverty Reduction Strategy Papers).

Antoine P., Razafindrakoto M., Roubaud F. (2001), Contraints de rester jeune ? Evolution de l'insertion dans trois capitales africaines : Dakar, Yaoundé, Antananarivo, Autrepart, 18, p. 17-36

Victimes de la crise prolongée que traversent leurs pays, les jeunes des trois capitales africaines (Dakar, Yaoundé et Antananarivo) se trouvent contraints de reporter le calendrier des événements marquant leur entrée dans la vie adulte. Un recul de l'âge aussi bien d'accès au premier emploi rémunéré, que d'autonomie résidentielle et de constitution de la famille est observé des générations aînées aux plus jeunes. Le sort de ces derniers est d'autant plus inéquitable que, ni leur niveau d'éducation plus élevé, ni le fait de différer leur passage au statut d'adulte, ne leur permet d'échapper à une dégradation de leurs conditions, relativement à celles connues par leurs parents, au moment de leur insertion. On assiste même à un ajustement par le bas dans la mesure où les plus éduqués chez les jeunes, au lieu d'être préservés, sont plus affectés par la détérioration du contexte économique.

Victims of the long crisis that has affected their countries, the youth of three African capitals (Dakar, Yaoundé, and Antananarivo) find themselves forced to postpone their entry into adult life. They postpone not only obtaining their first paid employment but also moving into their first home and founding a family. Neither their higher level of education, nor the delays in attaining adult status protect their future, nor prevent worsening living conditions compared to those of their parents' generation at their coming of age. In fact, we are witnessing a situation where the higher the education level, the more these young people are disadvantaged by the deterioration of the economic environment.

Ouvrages

Roubaud F., Razafindrakoto M., Lagrée S., Cling J-P. (2012), L'économie informelle dans les pays en développement, Paris, AFD, 363 p.

Cet ouvrage reprend une sélection de communications présentées lors d'une conférence internationale organisée en mai 2010 à Hanoï par l'académie des sciences sociales du Vietnam et l'institut de recherche pour le développement.

Roubaud F., Cling J-P., Lagrée S., Razafindrakoto M. (2009), Le Viêt Nam dans l'organisation mondiale du commerce. Impact sur la croissance et l'emploi, Bangkok, IRASEC, 134 p.

Cling J-P., Razafindrakoto M., Roubaud F. (2002), New International Poverty Reduction Strategies, Paris, Economica, 406 p.

Direction d'ouvrages

Cling J-P., Lagrée S., Razafindrakoto M., Roubaud F. (2015), The Informal Economy in Developing Countries, London?, Routledge, Taylor & Francis Group, 334 p.

Informality is ubiquitous in most developing countries. Understanding the informal economy is therefore of utmost importance from a political, economic and social point of view. Paradoxically, despite its economic importance, knowledge is extremely limited regarding the informal economy. It remains largely unrecognized by researchers, is neglected by politicians, and is even negatively perceived as it is meant to disappear with development. This book aims to amend this situation by presenting recent high level research which studies the informal sector and informal employment. Fresh research into this subject is presented through empirical analysis which covers Asia, Africa and Latin America. Each chapter relies on data and a detailed knowledge of the context of the countries studied in order to question the dominant schools of thought on the origins and causes of informality. The results provide interesting insights into the constraints faced by informal workers, the dynamics of the informal economy and its link with poverty issues. On the basis of the evidences provided by results adequate policies could be defined to address informality issues. The principal characteristics of the informal sector testify to some profound similarities between developing countries: low qualifications and the precariousness of jobs, mediocre incomes and working conditions, atomization of production units and lack of articulation with the formal economy, etc. This general statement does not contradict the observation that there is a high level of heterogeneity in the sector and in informal employment within each country, confirmed by several chapters in this work. In the absence of a sufficient number of job creations, the informal sector essentially constitutes a refuge for workers seeking and is here to stay in the short and medium term, even in emerging countries.

Chapitres d'ouvrage

Razafindrakoto M., Roubaud F., Wachsberger J-M. (2015), Working in the Informal Sector: A Free Choice or an Obligation? An Analysis of Job Satisfaction in Vietnam, in Cling J-P., Lagrée S., Razafindrakoto M., Roubaud F. (eds), The informal economy in developing countries, Londres, Routledge, Taylor & Francis Group, p. 50-71

Cling J-P., Razafindrakoto M., Roubaud F. (2015), Informality, crisis and public policies in Vietnam, in Cling J-P., Lagrée S., Razafindrakoto M., Roubaud F. (eds), The informal economy in developing countries, Londres, Routledge, Taylor & Francis Group, p. 309-324

Roubaud F., Razafindrakoto M. (2013), La satisfaction dans l'emploi. Une mesure de la qualité de l'insertion professionnelle en regard des aspirations, in Roubaud F., de Vreyer P. (dir.), Les marchés urbains du travail en Afrique subsaharienne, Marseille, IRD, p. 125-149

Andriananja H., Charmes J., Droy l., Froger G., Gubert F., Méral P., Ramiaramanana J., Razafindrakoto M., Robilliard A-S., Roubaud F. (2010), Histoire de la recherche en économie, in Feller C., Sandron F. (dir.), Parcours de recherche à Madagascar : l'IRD-Orstom et ses partenaires, Marseille?, IRD Editions, p. 139-167

Roubaud F., Razafindrakoto M. (2010), La pauvreté en milieu urbain : dynamique, déterminants et politiques, in Roubaud F., Robilliard A-S., Gubert F., Gastineau B. (dir.), Madagascar face au défi des Objectifs du millénaire pour le développement, Marseille, ?IRD éd., p. 87-118

Roubaud F., Razafindrakoto M., Cling J-P. (2009), Export Processing Zones in Madagascar: the impact of the dismantling of clothing quotas on employment and labour standards, in Brown D., Sanchez-Puerta M., Pierre G., Robertson R. (eds), Globalization, Wages and the Quality of Jobs: Five Country Studies, Washington, DC, World Bank, p. 237-263

Le succès de la Zone franche malgache est un cas méconnu et unique en Afrique sub-saharienne, si on excepte l'Ile Maurice. La Zone franche a eu un impact macro-économique important en termes d'exportations et d'emplois. Madagascar est ainsi devenu le deuxième exportateur de produits de l'habillement en Afrique sub-saharienne. A son maximum en 2004, la Zone franche comptait 100.000 employés. Le démantèlement final des quotas imposes dans le cadre des Accords Multi- Fibres depuis le début de 2005 a eu un impact négatif sur la Zone franche. La croissance des exportations et de l'emploi s'est interrompue. Nos estimations économétriques, basées sur des données individuelles auprès des ménages de première main, montre que les salaires dans la Zone franche sont devenus inferieurs à leur niveau dans le reste du secteur industriel formel, toutes choses égales par ailleurs. Par ailleurs, les normes de travail hors salaires restent meilleures mais cet avantage est en réduction progressive, dans un contexte de concurrence internationale accrue. Comme le montre l'exemple de Madagascar, les zones franches d'exportation ne peuvent plus être mises au centre d'une stratégie de développement et d'emploi en Afrique depuis la fin des quotas textiles, bien qu'aucune alternative n'ait encore émerge.

The success of Export Processing Zones (EPZs) or the Zone Franche in Madagascar is, with the exception of Mauritius, an isolated and unrecognized case in Africa. The Zone Franche has had a highly significant macroeconomic impact in terms of exports and jobs. Madagascar became the number two clothing exporter in sub-Saharan Africa. At its peek in 2004, the Zone Franche employed 100,000 employees. The final phase-out of the Multi-Fibre Arrangements in 2005 has had a negative impact on the Zone Franche. The export and employment growth has come to a halt. Our econometric estimates, based on first-hand data, show that average wages in the Zone Franche have become lower than in the formal industrial sector, other things being equal; labor standards are higher than average but are progressively being reduced in a context of increased international competition. As the example of Madagascar shows, EPZs can no longer be placed at the core of development and employment policies in Africa since the end of clothing quotas, although no alternative strategy has emerged yet.

De Vreyer P., Razafindrakoto M., Cling J-P., Roubaud F. (2006), L'impact de la croissace économique et des inégalités sur la pauvreté, in Plane P. (dir.), Le développement face à la pauvreté, Paris, Economica, p. 346

Roubaud F., Razafindrakoto M. (2002), Pauvreté et récession dans les métropoles africaines et malgaches : Eléments de diagnostic, in Roubaud F., Cling J-P., Razafindrakoto M. (dir.), Les nouvelles stratégies internationales de lutte contre la pauvreté, Paris, Economica, p. 111-140

Pour l'Afrique subsaharienne, les quatre dernières décennies se caractérisent par l'urbanisation rapide des pays dans un contexte de récession prolongée. Même si le niveau de vie reste aujourd'hui plus élevé en ville qu'à la campagne, la trajectoire régressive des économies a eu des répercussions négatives plus marquées sur les ménages urbains. Une analyse sur quelques capitales africaines révèle une forte incidence de la pauvreté (de 25% à plus de 60%) au milieu des années 90, et les données d'enquêtes disponibles sur quelques villes attestent une progression marquée de la pauvreté, ainsi que la gravité et la complexité du phénomène, aucune catégorie de la population n'étant totalement épargnée. La dégradation du marché du travail a été au centre du processus qui a conduit à l'accroissement de la pauvreté urbaine. Le blocage des recrutements et des salaires dans le secteur public, sans qu'une dynamique créatrice d'emplois ne fasse jour dans le privé, a entraîné la montée du chômage et l'expansion d'un secteur informel s'apparentant plus à des logiques de survie qu'à de véritables activités productives alternatives. Les jeunes ont été les principales victimes de cet ajustement par le bas. Aussi foisonnantes et polyformes qu'elles aient été, les stratégies individuelles, familiales et communautaires mises en oeuvre par les ménages sont restées impuissantes pour contrecarrer les effets d'une conjoncture macro-économique durablement défavorable. L'enjeu pour les pays africains est donc de trouver une solution qui permette de transformer la croissance urbaine en un facteur de dynamisme économique et social. La reconstruction de l'Etat est au coeur de ce défi pour les années à venir.

In a concern to go further than a simple static report and to address poverty in its immense complexity, this study analyses its evolution over a period of time in relation to the macro-economic and social dynamics at work in Africa. On the basis of a certain number of elements of analysis, illustrated by specific examples and backed up by figures, the document takes stock of the situation in the main African cities and assesses the impact of the recessionary trend on the populations' standards of living. The first part of the study proposes an overall assessment focussed on two major trends: the prolonged recession and the rapid urbanisation of sub-Saharan Africa countries. It is quite clear that it is the towns that have paid the heaviest price in terms of the impoverishment of their populations. The second part deals specifically with the evolution, scale and characteristics of poverty in urban areas. The third part is aimed at understanding the process that has led certain households into a state of utter destitution. The study explores in detail the mechanisms that came into play in the African context as a result of the economic depression, and takes a close look in particular at the way in which the decline of the labour market affected the town-dwellers' living conditions and how they were helpless due to the scale of the shocks.

Communications

Wachsberger J-M., Roubaud F., Razafindrakoto M. (2012), Travailler dans le secteur informel : choix ou contrainte ? Une analyse de la satisfaction dans l'emploi au Vietnam, Le secteur et l'emploi informels. Mesure statistique, implications économiques et politiques publiques, Hanoï, Viêt Nam

Roubaud F., Razafindrakoto M., Cling J-P. (2012), Economie informelle, crise et politiques publiques au Vietnam, Le secteur et l'emploi informels. Mesure statistique, implications économiques et politiques publiques, Hanoï, Viêt Nam

Roubaud F., Razafindrakoto M., Nordman C., Cling J-P., Demenet A. (2012), Discriminations ethniques et de genre : mesure et méthodes de décomposition, Les Journées de Tam Dao, Hà Noi, Viêt Nam

Roubaud F., Culas C., Massuyeau B., Razafindrakoto M. (2012), Un état des lieux des conditions de vie des groupes ethniques au Viet Nam : approche économique et socio-anthropologique, Les Journées de Tam Dao, Hà Noi, Viêt Nam

Roubaud F., Razafindrakoto M., Nguyen H., Cling J-P. (2012), Urbanization and access to labour market in Vietnam: Weight and characteristics of the informal sector, "Trends of urbanization and suburbanization in Southeast Asia" (CEFURDS, LPED), Ho Chi Minh City, Viêt Nam

Gironde C., Cling J-P., Razafindrakoto M., Roubaud F. (2011), Transitions sur le marché du travail : lectures macro et micro, Les Journées de Tam Dao, Hà Nôi, Viêt Nam

Razafindrakoto M., Cling J-P., Culas C., Roubaud F. (2011), Comment la transition économique est-elle vécue et perçue par la population ? Analyse de la complémentarité entre approches, Les Journées de Tam Dao, Hà Nôi, Viêt Nam

Nous tenterons de voir comment la population a vécu la période de transition économique qui a été amorcée au Viet Nam depuis la fin des années 1980. Il s'agit d'examiner l'impact de deux phénomènes : l'urbanisation ; la place croissante accordée aux initiatives et aux investissements privés avec l'ouverture du pays sur l'extérieur. Au sens économique du terme, la transition correspond à des changements de la structure de l'économie et dans le comportement des acteurs à la suite de modifications majeures du contexte.

Razafindrakoto M., Cling J-P., Roubaud F. (2010), Marché du travail, secteur informel et conditions de vie des ménages au Viêt Nam, Les Journées de Tam Dao, Hanoi, Viêt Nam

Au Viet Nam, comme dans beaucoup de PED, le travail est la principale source de revenus des ménages. Les niveaux de vie sont ainsi conditionnés par le mode d'insertion des individus sur le marché du travail. Par ailleurs, une grande partie des « chocs » macro-économiques (comme ceux engendrés par l'accession à l'OMC et/ou par la crise financière internationale) se transmet aux ménages via le marché du travail. Le type de qualifications détenu par chaque ménage, le niveau et l'évolution des salaires et des revenus du travail ainsi que le volume d'emploi disponible jouent un rôle central sur la capacité des ménages à profiter ou à se protéger de l'impact de la dynamique macro-économique. L'examen approfondi des caractéristiques du marché du travail et des possibilités d'insertion des individus sur ce marché s'avère ainsi indispensable pour analyser les déterminants de la pauvreté et sa dynamique. L'intervention aura pour objectif de présenter la situation en termes d'emploi au Viet Nam et son évolution au cours des dernières années, ainsi que l'impact des caractéristiques du marché du travail sur les conditions de vie des ménages, en particulier en termes d'inégalité et de pauvreté.

Cling J-P., Herrera J., Razafindrakoto M., Roubaud F. (2010), Pauvreté et bien-être de la population : analyse à partir des enquêtes statistiques auprès des ménages, Les Journées de Tam Dao, Hanoi, Viêt Nam

Cling J-P., Razafindrakoto M., Roubaud F. (2009), L'évaluation d'impact des politiques publiques : enjeux, méthodes, résultats, Les Journées de Tam Dao, Hanoi, Viêt Nam

Lebart L., Piron M., Razafindrakoto M., Roubaud F., Cling J-P. (2009), Analyse des données 2 : consolidation et application à l'analyse du marché du travail et du secteur informel au Viet Nam, Les Journées de Tam Dao, Hanoi, Viêt Nam

Razafindrakoto M., Roubaud F. (2008), Les indicateurs de gouvernance : pertinence, usage et limites, Les Journées de Tam Dao, Hanoi, Viêt Nam

Cling J-P., Herrera J., Razafindrakoto M., Roubaud F. (2008), Les enquêtes auprès des ménages : : un instrument de mesure pour appréhender la notion de secteur informel, les conditions de vie des ménages et la gouvernance, Les Journées de Tam Dao, Hanoi, Viêt Nam

Lavallée E., Razafindrakoto M., Roubaud F. (2008), Corruption and trust in political institutions in sub-Saharan Africa, CSAE Conference 2008 - Economic Development in Africa, Oxford, UNITED KINGDOM

Cet article explore les interactions entre la confiance institutionnelle et la corruption à partir d'un riche corpus d'enquêtes-ménages comparables : les enquêtes Afrobaromètre réalisées dans 18 pays d'Afrique sub-saharienne. Plus précisément, il teste les théories de l' « huile dans les rouages » selon lesquelles la corruption peut renforcer la confiance des citoyens en leur permettant d'accéder à des services publics autrement inaccessibles. Nos résultats infirment clairement ces théories. Nous montrons que la corruption réduit clairement la confiance et ce quelque soit la qualité des services gouvernementaux. Ils suggèrent toutefois que l'expérience et la perception de la corruption ont des effets distincts sur la confiance institutionnelle.

This paper analyzes the impact of corruption on the extent of trust in political institutions using a rich collection of comparable data provided by the Afrobarometer surveys conducted in 18 sub-Saharan African countries. More specifically, we set out to test the "efficient grease" hypothesis that corruption can strengthen citizens' trust since bribe paying and clientelism open the door to otherwise scarce and inaccessible services and subsidies, and that this increases institutional trust. Our findings reject this theoretical argument. We show that corruption never produces trust-enhancing effects regardless of the evaluation of public service quality. The results reveal how perceived and experienced corruption impact negatively, but differently, on citizens' trust in political institutions. The adverse effect of perceived corruption decreases with the fall in public service quality, whereas the negative effect of experienced corruption decreases as public service quality increases.

Documents de travail

Razafindrakoto M., Roubaud F., Wachsberger J-M. (2014), Jalons pour une économie politique de la trajectoire malgache : une perspective de long terme, DIAL Document de travail, Paris, IRD, 55

Cet article vise à fournir un cadre interprétatif de la trajectoire malgache de long terme en retraçant les noeuds structurants de son économie politique1. La concomitance de périodes d'expansion économique et de crises politiques laisse en effet supposer qu'une des sources essentielles des difficultés rencontrées par le pays est sa faible capacité à instaurer un consensus politique stable autour des processus d'accumulation et des modes de répartition des richesses. Dans cette hypothèse, la compréhension de la trajectoire malgache passe par une relecture de l'histoire longue en vue de mettre en évidence, pour chaque période, les éléments de régulation du système et les contradictions auxquelles il fait face. De la période précoloniale à nos jours, nous identifions les principaux acteurs, les sources de pouvoir et de richesse, les modes de régulation économique et sociale et les contradictions du système. Cette relecture modélisée de l'histoire nous conduit à distinguer six grandes périodes marquant chacune une nette rupture avec celle qui précède sans réussir pour autant à en résoudre les principales contradictions.

This article aims at supplying an interpretative frame of the long-term Malagasy trajectory by redrawing the structuring knots of its political economy. The concomitance of periods of economic expansion and political crises leash indeed to suppose that one of the essential sources of the difficulties met by the country is its weak capacity to establish a stable political consensus around the processes of accumulation and the way of wealth distribution. In this hypothesis, the understanding of the Malagasy trajectory passes by a proofreading of the long history to highlight, for every period, the elements of system regulation and the contradictions which it faces. From precolonial period to our days, we identify the main actors, the sources of power and wealth, the modes of economic and social regulation and the contradictions of the system. This modelled proofreading of the history leads us to distinguish six big periods marking each a clear break with the one that came before without managing to solve all the main contradictions.

Cling J-P., Razafindrakoto M., Roubaud F. (2014), Segmentation and informality in Vietnam: A survey of the literature, DIAL Document de travail, Paris, Université Paris Dauphine, 39

La segmentation sur le marché du travail est usuellement définie comme la coexistence de deux segments ou secteurs qui se distinguent par leurs caractéristiques et les comportements qui y prévalent (niveau de revenus, contrats, etc.). Le débat économique sur la segmentation s'est focalisé dans les pays développés, et en particulier en Europe, sur le dualisme résultant des contrats. Cependant, dans les pays en développement comme le Vietnam, les emplois salariés étant marginaux, la segmentation sur le marché du travail doit nécessairement être appréhendée de manière différente. La majorité des emplois relève de l'économie informelle et une grande partie est constituée d'auto-emploi dans des entreprises individuelles. Partant d'une analyse des principales caractéristiques du marché du travail national, ce document présente ensuite une revue de la littérature sur l'informalité et la segmentation sur le marché du travail au Vietnam (section 2). La section 3 décrit le cadre institutionnel en matière d'enregistrement et de protection sociale au Vietnam, et analyse les raisons de l'informalité. La section 4 examine les réformes qui ont été mises en place et les stratégies en termes d'emploi touchant l'économie informelle. Enfin, des recommandations politiques sont proposées dans la dernière section.

Labour market segmentation is usually defined as the division of the labour markets into separate submarkets or segments, distinguished by different characteristics and behavioural rules (incomes, contracts, etc.). The economic debate on the segmentation issue has been focusing in developed countries, and especially in Europe, on contractual segmentation and dualism. However, in developing countries such as Vietnam which is the focus of this study, wage work is marginal and the approach to labour market segmentation is necessarily slightly different. Indeed, most workers are engaged in the informal economy and many of them are self-employed in their own household business. Starting with an analysis of the main characteristics of the national labour market, this paper presents a survey of the literature on informality and labour market segmentation in Vietnam (section 2). Section 3 describes the institutional background related to firm registration and social protection in Vietnam, and analyses the reasons for informality in relationship with the institutional framework. Section 4 describes the reforms being put in place and employment strategies related to the informal economy. Policy recommendations are proposed in the last section.

Razafindrakoto M., Roubaud F., Wachsberger J-M. (2013), Institutions, gouvernance et croissance de long terme à Madagascar : l'énigme et le paradoxe, DIAL Document de travail, Paris, IRD, 36

Les théories classiques et récentes du développement sont impuissantes à expliquer la contreperformance économique malgache sur longue période. Cet article propose une relecture de l'histoire malgache en mobilisant le cadre d'analyse de l'économie politique. Nos analyses pointent qu'en dépit de facteurs de blocage profonds, Madagascar a fait montre d'une capacité de transformation d'une modernité inattendue : transitions économique (avec l'arrivée d'une classe d'entrepreneurs nouveaux) et politique (avec les alternances démocratiques) ; mise en place d'institutions solides caractéristiques des sociétés « modernes » ; contrôle de la violence ; expression des aspirations économiques et citoyennes de la population. Trois entraves structurelles s'opposent en revanche au développement du pays : la fragmentation de la société, l'atomisation de la population et l'atrophie des corps intermédiaires favorisent une forte concentration du pouvoir aux mains d'une poignée d'élites qui n'est ni contrainte ni incitée à avoir une vision de moyen/long terme et à prendre en compte les intérêts de la grande majorité ; malgré sa revendication des principes démocratiques, la population reste tiraillée entre des revendications citoyennes de type démocratique et méritocratique et des valeurs traditionnelles qui imposent le respect de hiérarchies réelles et symboliques héritées du passé ; enfin, les politiques promues, voire imposées, par les bailleurs de fonds, si elles ont pu avoir des effets positifs, ont également eu un impact négatif majeur sur la capacité de l'État à réguler la société.

The classical and more recent theories on development all fail to explain Madagascar's long-running economic underperformance. This paper proposes a reinterpretation of Malagasy history based on the analytical framework of political economy. Our analyses point to the fact that, despite deep-rooted blockages, Madagascar has shown an unexpected capacity to transform and modernise: economic transition (with the emergence of a new entrepreneurial class) and political transition (with democratic alternation of power); the setting up of sound institutions that characterise "modern" societies; control of violence; and the Malagasy people's expression of their economic and civic aspirations. However, three structural constraints hinder the country's development. Firstly, social fragmentation, an atomised population and the atrophy of intermediary bodies foster a high concentration of power in the hands of a few elites who are neither compelled nor encouraged to develop a medium- or long-term vision and take the interests of the vast majority into consideration. Secondly, although the Malagasy people lay claim to democratic principles, they remain torn between the demands of democratic and meritocratic nature and the traditional values that impose respect for the real and symbolic hierarchies they have inherited from the past. Finally, although the policies promoted and sometimes imposed by international donors may have had some positive effects, they have also had a hugely negative impact on the State's capacity to regulate society.

Roubaud F., Razafindrakoto M., Herrera J. (2013), Les sciences sociales au service du débat démocratique au Sud : enjeux, supports, retombées. Résultats d'expériences dans le champ de l'économie et de la statistique, DIAL Document de travail, Paris, IRD, 42

A l'heure où les chercheurs sont de plus en plus incités à recentrer leurs activités de publication sur les revues académiques dites "d'excellence", la question de la diffusion des savoirs et de son rôle dans les pays en développement se pose avec une acuité accrue. Ce dilemme, auquel tout scientifique est confronté, affecte d'autant plus les sciences sociales que ces dernières portent directement sur des sujets et des enjeux de société où la demande sociale est immense et insatisfaite, tout spécialement au Sud. Cette contribution se propose d'expliciter les fondements de cette contradiction, de s'interroger sur le rôle potentiel des stratégies de communication des résultats de la recherche et des effets pratiques qu'elles engendrent. Elle aborde, entre autres, la question des supports, des publics visés, de la langue de communication, de ses effets et des risques pour le chercheur lorsqu'il aborde des sujets politiquement sensibles (corruption, discriminations, évaluation des politiques publiques, etc.). Elle se nourrit des expériences menées par les auteurs en Afrique sub-saharienne, en Amérique latine et en Asie depuis une vingtaine d'années.

While researchers are increasingly encouraged to refocus their publishing activities towards so called "excellence" academic journals, the question of knowledge dissemination and its role in developing countries becomes more acute. This dilemma, whereby any scientist is confronted, affects even more social sciences since they bear directly on topics and social issues where social demand is huge and unsatisfied, especially in the South. This contribution proposes to make explicit the foundations of this contradiction and discuss the potential role of communication strategies of research results and practical consequences which they generate. It addresses, inter alia, the question of media, targeted audiences, communication language, its effects and risks for the researcher when it deals with politically sensitive issues (corruption, discrimination, evaluation of public policies, etc.). This contribution feed on author's experiences over the past 20 years in sub-Saharan Africa, Latin America and Asia.

Roubaud F., Razafindrakoto M., Cling J-P. (2012), Explanatory factors behind formalizing non-farm household businesses in Vietnam, DIAL Document de travail, Paris, IRD, 21

Cet article se propose d'analyser les raisons pour lesquelles certaines unités de production (household businesses, HB) décident de s'enregistrer et de devenir formelles (et pourquoi d'autres ne le font pas) afin d'éclairer les origines de l'informalité. Nous mobilisons des données aussi bien quantitatives que qualitatives sur les HB, issues d'enquêtes représentatives et de première main conduite par nos soins à Hanoï et Ho Chi Minh ville. L'étude révèle que bien que la plupart des unités informelles opère "illégalement", ce trait procède plus d'une législation floue et méconnue que d'une volonté délibérée d'échapper aux régulations publiques. Parmi les différents facteurs qui jouent sur la décision de s'enregistrer, le motif qui a conduit à s'établir à son compte est déterminant : plus il s'agit d'un véritable choix (volonté d'échapper au salariat ou par tradition familiale) et moins il résulte d'une contrainte (manque d'alternative d'emploi), et plus le chef d'unité sera enclin à s'enregistrer. De plus, l'analyse met en évidence le rôle des incitations dans la probabilité de devenir formel. Ainsi, ceux qui considèrent que l'enregistrement protège (au moins partiellement) de la corruption sont plus nombreux à régulariser leur situation. Enfin, l'accès à l'information, aux marchés et aux commandes des grandes entreprises favorisent l'enregistrement. Ces résultats soulignent le besoin de clarification de la législation des entreprises ainsi que l'importance de politiques incitatives pour s'attaquer à la question de l'informalité.

This article sets out to investigate the reasons why some household businesses decide to register and become formal (while others do not) in order to shed light on the origins of informality. We use qualitative as well as quantitative data on household businesses (HB) derived from first-hand representative surveys implemented in Hanoi and Ho Chi Minh city. The study reveals that although most of the informal businesses operate 'illegally', this is more due to unclear registration legislation than the mark of a deliberate intention to evade the economic regulations.Among the different factors which influence the registration decisions, the reason for setting up the business appears to be a determining one: the more it is a real choice (businesses set up to be independent or to follow a family tradition) and the less a constraint (set up for lack of an job alternative), the more the HB is more inclined to be registered. Furthermore, the analysis highlights that incentives do prove decisive insofar as the probability of having a formal business is greater among HB heads who consider that registration provides at least partial protection from corruption. Besides, access to information, the market and large business orders also drive the informal entrepreneurs to register. These results stress the need for clarification of the legal framework as well as incentive policies in order to address the issue of informality.

Cling J-P., Huu Chí N., Razafindrakoto M., Roubaud F. (2010), How deep was the impact of the economic crisis in Vietnam ? A focus on the informal sector in Hanoi and Ho Chi Minh City, World Bank Working Paper, Washington, D.C., World Bank, 10

Vietnam is one of the only South East Asian emerging economies not to have gone into recession in 2009 in the wake of the world crisis. Nonetheless, it has been affected deeply by the crisis, as shown by all macro-economic indicators. The yearly growth rate of Gross Domestic Product (GDP) has been slowing down from 8.5 percent in 2007 to 6.3 percent in 2008 then 5.3 percent in 2009, before recovering to 6.5 percent in 2010. Overall, because of productivity gains and rapid growth of the labour force due to the 'demographic dividend' which is currently peaking, an average economic growth of 7.5 percent such as attained during 2000-2008 is hardly sufficient to absorb new entrants on the labour market. Even with such a high growth rate, around one fourth of new entrants end up in the informal sector. The latter thus absorbs the labour surplus which agriculture and the formal sector are unable to employ. Several quick qualitative assessments of the impact of the crisis have been conducted in Asia and especially in Vietnam, based on a small number of interviews in some selected industries. They indeed put in evidence the impact of the crisis on the informal sector in terms of employment, number of hours worked and wages. But, due to the lack of data, no quantitative study of the impact of the crisis on the informal sector had been conducted until now. This is precisely the objective of this policy brief, based on the results of two rounds of Household Business & Informal Sector (HB&IS) surveys conducted on a statistically representative sample in Hanoi and HCMC in 2007 and 2009 within an international research project between Vietnam's General Statistics Office (GSO) and the French Institute. This brief can be usefully complemented by two companion papers: the first one presents the adjustment of the labour market and the informal economy nationwide the second one provides detailed results on the dynamics of the informal sector in the two main cities between 2007 and 2009.

Huu Chí N., Thi Thu Huyen N., Roubaud F., Razafindrakoto M. (2010), Vietnam labour market and informal economy in a time of crisis and recovery 2007-2009 : main findings of the Labour Force Surveys (LFS), World Bank Working Paper, Washington, D.C., World Bank, 17

In 2007 the General Statistics Office (GSO) launched a joint research program with the French Institute of Research for Development (IRD) to measure and analyzes the informal sector in Vietnam. Two kinds of surveys were conducted in 2007: a national Labour Force Survey (LFS) which, in a first for Vietnam classified labour by institutional sector thereby separating out the informal sector; and two specific surveys in Hanoi and Ho Chi Minh City (HCMC) which were grafted onto the LFS2007 to find out more about the characteristics of household businesses (HB) in general and especially the informal sector (HB&IS2007). This brief presents the main findings (both methodological and analytical) of these two rounds of LFS as regards the labour market and the informal economy in Vietnam. In the context of the global crisis, it looks at the dynamics of the main labour market indicators with a special focus on informal sector and informal employment between 2007 and 2009.For the first time ever in Vietnam, it is possible measure precisely the evolution of the informal economy and to check for the robustness of the estimates provided. In the conclusion the author outline some of the implications of the findings in terms of survey design and economic and social policies.

Thi Thu Huyen N., Huu Chí N., Ba Hien D., Ngoc Minh Nhung D., Roubaud F., Razafindrakoto M., Demenet A. (2010), Dynamics of the informal sector in Hanoi and Ho Chi Minh City 2007-2009 : main findings of the Household Business & Informal sector survey (HB&IS), World Bank Working Paper, World Bank, 33

In 2007, the General Statistics Office (GSO) launched a joint research program with the French Institute of Research for Development (IRD), to measure and analyzes the informal sector in Vietnam. Two kinds of surveys were conducted in 2007: a national Labour Force Survey (LFS), which, in a first for Vietnam, classified labour by institutional sector, separating out the informal sector; two specific surveys, in Hanoi and Ho Chi Minh City (HCMC), which were grafted onto the LFS2007 to find out more about the characteristics of Household Businesses (HBs) in general and especially the informal sector. These surveys have been extensively analyzed, and the full results edited in a book. Two years later, this successful experience has been re-conducted, with the additional objectives to consolidate the methodology and to assess the impact of the global crisis on the labour market in general and the informal economy in particular. This paper presents the main findings (both methodological and analytical) of these two rounds of surveys as regards the informal sector in Hanoi and HCMC. In the context of the global crisis, it looks at the dynamics of the informal sector between 2007 and 2009. Taking advantage of this unique survey protocol, the first part investigates the macro dynamics comparing the two representative cross sections, while the second focuses on the micro dynamics drawn from the panel component. Transitions between formal and informal sector are explored. The third part aims at analyzing the perception of HBs' heads to assess the impact of the crisis. Then, the last section explores the changes as regards the problems faced by HBs, their interaction with the state and their outlook. In the conclusion, the author determines some of the implications of the findings in terms of economic policies. This report can be usefully complemented by two companion papers: the first one presents the adjustment of the labour market and the informal economy nationwide, based on the LFS2007 & 2009; the second one is a policy brief on the impact of the crisis on the informal sector in Hanoi and HCMC.

Cling J-P., Razafindrakoto M., Roubaud F. (2009), Desperately seeking model countries: The World Bank in Vietnam, DIAL Document de travail, Paris, IRD, 29

Le Vietnam est un pays très important pour la Banque mondiale du point de vue de ses financements : il est le premier récepteur de crédits distribués par l'AID. Cette importance tient aussi au rôle d'élève modèle en matière de politiques de développement que la Banque fait jouer au Vietnam. Ce pays est notamment mis en avant pour ses succès en matière de réduction de la pauvreté. En sens inverse, la Banque est devenue le premier bailleur de fonds au Vietnam et elle joue également un rôle de leader du point de vue de la recherche économique sur ce pays. Partant d'un diagnostic détaillé concernant les activités de la Banque au Vietnam et le contenu original des politiques promues par cette organisation, ce papier analyse l'économie politique des relations entre la Banque et le gouvernement vietnamien. En l'absence de financement du FMI, la Banque a su s'imposer comme le principal interlocuteur du gouvernement parmi les bailleurs de fonds. Mais son influence sur la trajectoire de développement du Vietnam est modeste. Le gouvernement vietnamien a toujours refusé de se voir imposer des politiques de l'extérieur et les institutions vietnamiennes sont suffisamment fortes pour former un alter ego à la Banque et pour s'approprier les politiques mises en place. A la limite, le Vietnam est presque plus important pour la Banque que l'inverse, notamment en raison des bénéfices que celle-ci en tire du point de vue de son image et de ce qu'elle présente comme une success story de son action.

Vietnam is a very important country for the World Bank. It is the first recipient of IDA credits. It is also presented by the Bank as a model country for development success, especially in terms of poverty reduction. At the same time, the Bank is very active in Vietnam: it is the first provider of development aid; it is also the leader in economic research. Starting from a detailed diagnosis on the Bank's activities in Vietnam and on the contents of policies it promotes in this country, this paper analyses the political economy of the relationship between the Bank and the Vietnamese government. Since there is no IMF programme in Vietnam, the Bank is the main government partner among donors. But the Bank's influence over Vietnam's development path is limited. The Vietnamese government has always refused to adopt policies imposed by foreign organizations and the Vietnamese institutions are strong enough to be able to form an alter ego for the Bank and to achieve "ownership" of public policies. One could almost say that Vietnam is more important for the Bank than the latter is for Vietnam, especially because the Bank gains a political advantage image-wise from what it can hold up as a success story due to its work.

Cling J-P., Marouani M., Razafindrakoto M., Robilliard A-S., Roubaud F. (2008), Vietnam's terms of accession and distributional impact of WTO membership, DIAL Document de travail, Paris, IRD, 55

La forte croissance de l'économie vietnamienne au cours des deux dernières décennies s'est accompagnée de profondes transformations économiques et sociales. En particulier, on a observé une forte réduction de la pauvreté, accompagnée d'une progression des inégalités sociales (quoique moins accentuée qu'en Chine). Dans ce contexte, la question de l'impact distributif de l'adhésion à l'OMC intervenue en janvier 2007 se pose avec acuité. Les premières simulations effectuées à l'aide de notre modèle de micro-simulation comptable indiquent que l'adhésion à l'OMC aura principalement quatre types d'effets redistributifs : gains d'emplois (en particulier industriels) ; croissance des salaires réels ; réduction des inégalités de genre ; progression des inégalités entre zones rurales/urbaines (mais tassement des inégalités globales). Nos résultats montrent l'importance de prendre des mesures pour accompagner l'entrée à l'OMC et saisir les opportunités offertes, en particulier dans le domaine de la formation, des migrations internes, des politiques régionales et de l'aide aux salariés touchés par les restructurations.

The strong growth of the Vietnamese economy over the last two decades has brought about sweeping economic and social changes. In particular, there has been a sharp downturn in poverty along with an upturn in social inequalities (albeit not as sharp as in China). This makes the question of the distributional impact of the country's WTO accession (January 2007) a particularly keen one. The first simulations made using our micro-simulation model point to mainly four types of redistributive effects induced by WTO membership: job gains (especially industrial jobs), growth in real wages, reduction in gender inequalities, and increase in inequalities between rural and urban areas (but slight drop in overall inequalities). Our findings demonstrate the importance of flanking measures to accompany WTO accession and making the most the opportunities that arise, especially in the area of training, domestic migration, regional policies and assistance to wage earners affected by restructuring.

Lavallée E., Razafindrakoto M., Roubaud F. (2008), Les mécanismes à l'origine de la corruption : une analyse sur micro-données africaines, DIAL Document de travail, Paris, Université Paris-Dauphine, 29

Quels sont les individus les plus enclins à recourir à la corruption ? A qui demande-t-on des pots-devin ? Qui en payent ? Cet article explore ces questions à partir d'un riche corpus d'enquêtes-ménages comparables réalisées dans continent où la corruption sévit avec beaucoup d'acuité : les enquêtes Afrobaromètre. Afin de répondre à ces questions, il s'interroge également sur les caractéristiques des utilisateurs des services publics en Afrique. Notre article apporte des résultats nouveaux tant sur la propension à corrompre et l'exposition à la corruption que sur les déterminants de l'utilisation des services publics. Nos estimations montrent notamment que les facteurs d'appartenance ethnique, traditionnellement mis en avant en Afrique, ne jouent pas un rôle aussi clair sur la corruption que ne le suggère la littérature.

Who are the most prone to pay bribes? Who are angled for bribes? Who pay? This article explores these issues in sub-Saharan Africa, an area of the world where corruption is widespread. This paper empirical basis is a rich collection of comparable data provided by the Afrobarometer surveys conducted in 18 sub-Saharan African countries. So as to answer these questions properly, this paper also analyses the characteristics of users of governmental services in Africa. Our study yields new results about the exposure to corruption and the use of public services as well. Our findings notably show that ethnic and religious belongings, which are traditionally put forward in the literature about corruption in this continent, do not have a so clear effect on corruption.

Razafindrakoto M., Roubaud F. (2006), Peut-on se fier aux bases de données internationales sur la corruption ? Une confrontation entre enquêtes-experts et enquêtes-ménages en Afrique subsaharienne, DIAL Document de travail, Paris, IRD, 43

L'émergence des institutions, de la gouvernance et tout particulièrement de la corruption, comme enjeu majeur du développement a engendré la multiplication de bases de données internationales censées mesurer ces concepts. Cette étude s'interroge sur la pertinence et les limites des indicateurs globaux de corruption basés sur la perception des experts. Elle mobilise un dispositif d'enquêtes originales réalisées simultanément dans huit pays africains, couplant deux types d'enquêtes sur la même thématique. Les premières, menées auprès de la population (avec un échantillon de 35 000 personnes au total), permettent d'obtenir une mesure objective de l'incidence et des caractéristiques de la petite corruption bureaucratique. La seconde, menée auprès de 350 experts (enquête-miroir), mesure la perception que s'en font les experts. En confrontant ces deux sources, nous montrons que ces derniers surestiment systématiquement l'incidence de la corruption et que le classement des pays induits par leurs perceptions n'est pas corrélé avec la réalité. L'erreur d'appréciation des experts est d'autant plus forte que les pays sont mal notés dans les bases internationales, pénalisant les plus pauvres d'entre eux. Les analyses économétriques mettent également en évidence la présence de biais idéologiques, ainsi que l'existence d'un modèle culturel implicite, cohérent mais erroné, sur la façon dont « l'Afrique fonctionne ». Les experts ont tendance à surestimer massivement le niveau de tolérance aux pratiques corruptives de la part de la population et à sous-estimer l'importance qu'elle accorde aux questions de « bonne gouvernance ». Ces résultats plaident en faveur d'un usage plus précautionneux et raisonné des indicateurs globaux de gouvernance et confirment la nécessité de les compléter par des enquêtes auprès des acteurs concernés.

The emergence of institutions, governance and especially corruption as major development considerations has generated a whole host of international databases intended to measure these concepts. These databases are now widely used in both the academic world and for public policies, especially for aid allocation. This study looks at the pertinence and limits of global corruption indicators based on experts' perceptions. The study draws on a wave of original surveys coordinated by the authors and conducted simultaneously in eight African countries. This wave combines two types of surveys on the same subject. The first type of survey covering a sample of over 35,000 people takes an objective measure of the frequency of petty bureaucratic corruption and its characteristics. The second type (mirror survey) reports on 350 experts' opinions on the matter. A comparison of these two sources paints a clear-cut picture of the experts' error of assessment. We show that the experts do not provide a good gauge of the real level of corruption. They systematically overestimate the frequency of corruption. Moreover, the ranking of countries derived from their perceptions does not tie in with reality. The experts' measurement error is all the greater in that the countries are not well graded in the international bases, which penalises the poorest of them. The econometric analyses also find ideological biases, with experts tending to rank countries based on their own political preferences, and the existence of a coherent, but erroneous implicit cultural model of how "Africa works". The experts tend to massively overestimate the population's level of tolerance of corrupt practices and underestimate the importance it attaches to matters of "good governance". These findings make a case for a more cautious and rational use of global governance indicators. Our study also confirms the need to supplement global indicators with surveys of the players concerned.

Herrera J., Razafindrakoto M., Roubaud F. (2006), Les déterminants du bien-être subjectif : une approche comparative entre Madagascar et le Pérou, DIAL Document de travail, Paris, IRD, 29

Le caractère multidimensionnel de la pauvreté est aujourd'hui universellement reconnu. Un certain nombre d'études montrent une faible corrélation entre l'approche monétaire de la pauvreté et la perception des ménages de leur bien-être. Des travaux récents ont pu montrer que, dans les pays développés, cette dernière ne dépend pas seulement du niveau de revenu ou de consommation, mais aussi d'autres facteurs (emploi, santé, etc.). Cette contribution se propose d'explorer les facteurs qui déterminent l'évaluation subjective des ménages de leur niveau de vie à partir d'une analyse comparative portant sur deux pays en développement, le Pérou et Madagascar. Pour ce faire, l'étude mobilise une base de données originale, comptant à la fois des variables individuelles objectives (caractéristiques socio-économiques des ménages, environnement et trajectoires individuelles obtenues grâce à la dimension panel des deux enquêtes), ainsi que des mesures subjectives du bien- être identiques pour les deux pays. Quelle est la contribution du revenu à la perception du bien-être ? Celle-ci dépend-elle du niveau de revenu et/ou de la position relative par rapport à un groupe de référence qu'il convient d'identifier ? Au-delà des revenus, le type d'insertion sur le marché du travail et la qualité de l'emploi ont-ils une influence significative sur le bien-être subjectif ? Dans quelle mesure la trajectoire d'un individu et son environnement immédiat jouent sur son bien-être (origine sociale, inégalités spatiales au niveau du quartier) ? Enfin, quel est le poids des nouvelles dimensions de la pauvreté telles que la vulnérabilité et l'exclusion sociale et politique ?

The multidimensionality of poverty is now widely acknowledged. Some recent studies in developed countries show that there is a weak correlation between the monetary poverty approach and the household's subjective perception of their well-being, suggesting that the subjective perception of welfare is based not only on monetary income or consumption. The contribution examines the factors that determine the subjective evaluation of welfare in developing countries, through a comparative analysis of Peruvian and Madagascan urban households. Our analysis is based upon a particularly rich first hand database concerning objective variables related to individual and household economic and socio-demographic characteristics, trajectory (social origins), local variables (district level inequality), as well as subjective questions, identical for both countries. How much income levels influence households' welfare perceptions? Having or not a job and job quality do have any impact beyond that linked to the income it brings? What is the impact of individual social trajectories and local environment on welfare perceptions? Is subjective welfare perception dependant of absolute or rather relative variables, grounded on reference comparison group? Finally, how much weights do have new poverty dimensions such as vulnerability and social or political exclusion on household's subjective welfare appraisals?

Parizot I., Rakotomanana F., Razafindrakoto M., Roubaud F., Wachsberger J-M. (2005), Santé, inégalités et ruptures sociales à Antananarivo. Premiers résultats de l'enquête SIRS 2003, DIAL Document de travail, Paris, IRD, 78

L'enquête « Santé, inégalités et ruptures sociales » (SIRS), conduite à Antananarivo en avril 2003 auprès d'un échantillon représentatif de 2807 personnes, fait partie d'un programme de recherche international qui entend comparer les relations entre la santé, les inégalités et les ruptures sociales dans différentes grandes villes du monde. L'hypothèse de départ est que les inégalités socio-économiques inscrites dans le territoire des villes se traduisent par des problèmes spécifiques de santé et de ruptures sociales et peuvent, dans certains cas, conduire à une dégradation tant de la sécurité sanitaire collective que de la cohésion sociale des populations. Le document présente les premiers résultats de cette enquête au travers de l'étude des différentes composantes du lien social à Antananarivo et de leurs rapports avec la santé. Quatre types de liens sont distinguées : le lien de filiation, le lien de participation élective (relations d'amitiés, de voisinage, de couple, etc.), le lien de participation organique (lié à l'insertion économique des individus dans le système de production) et le lien de citoyenneté (assuré par un ensemble de droits civils et politiques).

The Health, Inequalities and Social Breakdown (SIRS) survey carried out in Antananarivo in April 2003 on a representative sample of 2,807 people, is part of an international research programme designed to compare the relationships between health, inequalities and social breakdowns in different cities throughout the world. The initial assumption is that the socio-economic inequalities found within cities give rise to specific problems of health and social breakdowns and can, in certain cases, lead to deterioration in collective health security and in social cohesion within the population. The document presents the first results of this survey, with the study of the different components of social relationships in Antananarivo and the way they are related to health. Four types of relationship are distinguished: i) filiation; ii) elective participation (relationships with friends, neighbours, couple, etc.); iii) organic participation (relating to the individuals' economic integration in the production system) and iv) citizenship (concerning all civil and political rights).

Razafindrakoto M., Roubaud F. (2005), Gouvernance, démocratie et lutte contre la pauvreté en Afrique : Expérience et point de vue de la population de huit métropoles. Enquêtes 1-2-3, premiers résultats, DIAL Document de travail, Paris, IRD, 115

Des facteurs comme la gouvernance, l'adhésion et la participation des populations sont dorénavant placés au coeur des programmes de développement, en particulier dans le cadre des nouvelles stratégies internationales de lutte contre la pauvreté (initiatives DSRP, PPTE). Pour mieux comprendre la trajectoire et la situation économique actuelle des pays, il convient de se pencher sur des dimensions auparavant considérées comme extra-économiques comme les formes subjectives de la pauvreté, la qualité des institutions (notamment publiques) et le type de régime politique ou plus généralement le système de valeurs de la société. Pour répondre à ce défi majeur, nous avons exploré les possibilités offertes par les enquêtes auprès des ménages en tant qu'instrument de mesure et de suivi quantitatif de ces nouvelles dimensions du développement. Trois modules spécifiques (« Multiples dimensions de la Pauvreté », « Gouvernance » et « Démocratie ») ont été greffés sur les enquêtes 1-2-3 réalisées en 2001, 2002 ou 2003 dans les métropoles de huit pays (Bénin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Madagascar, Mali, Niger, Sénégal, Togo). Ce document présente de façon complète, et dans une perspective comparative, l'ensemble des premiers résultats tirés de ces modules thématiques.

New factors such as governance, ownership and citizen's participation are now a central focus of development programmes, especially in the scope of the new international poverty reduction strategies (PRSP and HIPC initiatives). To gain a better understanding of countries' trajectories and their current economic situations, it is interesting to examine what used to be thought of as extra-economic dimensions such as subjective forms of poverty, quality of institutions (especially public institutions) and type of political regime or, more generally speaking, the society's system of values. To meet this major challenge, we have explored the possibilities offered by household surveys as a tool for measuring these new aspects of development and for monitoring them in quantitative terms. Three specific modules (Multiple Dimensions of Poverty, Governance and Democracy) were added to the 1-2-3 surveys carried out in 2001, 2002 or 2003 in major cities in eight countries (Benin, Burkina Faso, Côte d'Ivoire, Madagascar, Mali, Niger, Senegal, Togo). This document presents a comprehensive, comparative analysis of the first results obtained using these theme-based modules.

Cling J-P., Cogneau D., Loup J., Naudet J-D., Razafindrakoto M., Roubaud F. (2005), Le développement, une question de chances ? A propos du Rapport sur le Développement dans le monde 2006 « Equité et Développement », DIAL Document de travail, Paris, IRD, 38

Le Rapport sur le Développement dans le monde de la Banque mondiale pour 2006 porte sur le thème « Equité et Développement ». L'équité y est définie comme le respect de l'égalité des chances combiné à l'absence de privations absolues. Même si les théories de la justice se sont intéressées depuis longtemps au thème de l'équité (sachant que l'égalité des chances fait partie des valeurs reconnues des sociétés occidentales) celui-ci était resté marginal au sein de l'économie du développement jusqu'à présent. Notre commentaire analyse en profondeur ce Rapport à la lumière des travaux économiques récents sur ce sujet et tente de l'inscrire dans de cadre de l'évolution de la pensée et des politiques de la Banque mondiale. La première partie montre la richesse de ce concept, dont la contrepartie réside dans la difficulté d'en définir précisément les contours. La seconde partie met en évidence le décalage entre les perspectives ouvertes par l'élargissement des objectifs de développement au-delà de la réduction de la pauvreté et les recommandations de politiques proposées par le Rapport, qui s'inscrivent globalement dans le prolongement des analyses traditionnelles de la Banque mondiale. Au total, l'importance que prendra le concept d'équité au sein des politiques de développement dépendra sans doute largement de la capacité des acteurs du développement à prendre en compte à la fois toute la complexité et la richesse de ce concept.

The World Bank's World Development Report 2006 addresses Equity and Development. It defines equity as respect for equal opportunities combined with the avoidance of absolute deprivation. Even though justice theories have long been interested in equity (given that equality of opportunity is one of the recognised values of Western society), it has hitherto remained a marginal issue in development economics. Our critique presents a detailed analysis of this report in the light of recent economic studies on this subject and endeavours to place it in the context of the evolution of World Bank thinking and policies. The first part illustrates the wealth of this concept, with its downside being that it is hard to accurately define. The second part demonstrates the gap between the prospects opened up by the enlargement of the development goals beyond poverty reduction and the report's policy recommendations, which are generally an extension of the World Bank's traditional analyses. The future of the equity concept for development policy-making could be closely dependent on the development community's ability to take on board both all its complexity and wealth.

Razafindrakoto M., Roubaud F. (2004), Les pauvres, la démocratie et le Marché : une analyse à partir de trois séries d'enquêtes auprès de la population malgache, DIAL Document de travail, Paris, IRD, 31

Cette étude propose une analyse de l'attitude des pauvres face au processus de double transition - politique (démocratisation) et économique (libéralisation) - dans lequel la majorité des pays en développement est actuellement engagée. La thèse la plus couramment avancée postule que les difficultés pour instaurer la démocratie et l'économie de marché résultent de l'attitude de la population, en particulier des pauvres. Les réticences de ces derniers face aux réformes s'expliqueraient par leur faible niveau d'instruction. Nos résultats, basés sur une série de trois enquêtes très détaillées réalisées en 1995, 1998 et 2003 dans la capitale malgache, montrent qu'effectivement, il existe une relation négative entre le niveau de pauvreté et l'adhésion aux principes de l'économie du marché qui ne se réduit pas à un manque d'éducation. L'État, malgré ses déficiences, est considéré comme plus susceptible d'assurer l'objectif d'équité que le marché. En revanche, les pauvres ne se démarquent pas du reste de la population par un moindre soutien aux valeurs démocratiques, ce qui infirme la thèse d'une forme de conservatisme des plus démunis qui se traduirait par une appréhension de la nouveauté ou du changement. Enfin, les exclus de la vie politique et les victimes des dysfonctionnements des institutions tendent à manifester une défiance vis-à-vis de l'État et à se positionner du côté des antidémocrates. La consolidation du processus démocratique est donc conditionnée par l'existence d'institutions étatiques dignes de confiance, efficaces et capables d'assurer l'application effective des principes démocratiques.

This paper presents an analysis of the attitudes of the poor towards the double - political (democratisation) and economic (liberalisation) - transition process in which many developing countries are engaged today. The most common belief to explain the difficulty to implement democracy and market economy relies on the idea that people, especially the poor, have a tendency to resist any reforms. According to this theory, their reluctance is due to their lack of instruction. Our findings, drawn on a series of three detailed surveys conducted in 1995, 1998 and 2003 in the capital of Madagascar, show a negative relationship between the level of poverty and the support to market economy, which is not only conditioned by the deprivation of education. But, on the contrary, the poor are strongly in favour of democracy as the rest of the population. This finding invalidates the hypothesis of a systematic resistance of the poor to change and innovation. The state, in spite of its shortcomings, is considered to be more capable of guaranteeing the equality of opportunities than the market. Finally, those marginalised in politics and the victims of the malfunctions of some institutions tend to have less confidence in the state and to be against democracy. Then, in order to consolidate the democratic process, state institutions must be reinforced to be more reliable, efficient and able to guarantee that the democratic principles are effectively applied.

Cling J-P., Razafindrakoto M., Roubaud F. (2004), Export Processing Zones in Madagascar: an Endangered Success Story, DIAL Document de travail, Paris, IRD, 24

Le succès de la Zone Franche d'exportation à Madagascar depuis 1990 constitue un cas unique en Afrique avec celui de l'Ile Maurice. Ce papier montre que la Zone Franche a eu un impact macro- économique très important en termes d'exportations et d'emplois. Grâce à elle, Madagascar était ainsi devenu le deuxième exportateur africain de produits de l'habillement derrière l'Ile Maurice avant la crise politique de 2002. Les salaires moyens versés dans la Zone Franche sont inférieurs à ceux des autres secteurs formels d'activité. Mais cet écart est dû aux caractéristiques de la main-d'oeuvre employée, sachant que nos estimations ne mettent pas en évidence de différences significatives dans le mode de rémunération salariale entre la Zone Franche et le reste de l'économie. Par ailleurs, les conditions sociales dans la Zone Franche sont meilleures. Nous concluons en montrant que l'avenir de la Zone Franche est menacé par le nouveau cadre commercial multilatéral.

The success of export processing zones in Madagascar, or Zone Franche, since 1990 is an isolated case in Africa, apart from Mauritius. This paper explains that Zone Franche has had a very significant macro-economic impact in terms of exports and jobs. Thanks to Zone Franche, before the 2002 crisis Madagascar had become the second largest African exporter of clothing, after Mauritius. The average wages paid in Zone Franche are lower than in the other formal sectors of activity, which is due to the characteristics of the labour employed. On the contrary, social conditions are better. The paper concludes that the future of Zone Franche is threatened by the new multilateral trade framework.

Cling J-P., Razafindrakoto M., Roubaud F. (2002), La Banque mondiale et la lutte contre la pauvreté : tout changer pour que tout reste pareil ?, DIAL Document de travail, Paris, IRD, 13

La Banque mondiale et le Fonds monétaire international ont lancé fin 1999 une initiative conjointe qui place la lutte contre la pauvreté au coeur des politiques de développement. Depuis cette date, les pays en développement qui souhaitent bénéficier d'une aide financière à taux concessionnels de la part de ces organisations ou d'un allègement de leur dette dans le cadre de l'initiative PPTE (Pays Pauvres Très Endettés) « renforcée » doivent préparer un programme de lutte contre la pauvreté (en français DSRP, ou Document Stratégique de Réduction de la Pauvreté). La quasi-totalité des pays à bas revenus suivent aujourd'hui cette nouvelle approche, tandis que l'ensemble de la communauté internationale s'est rapidement aligné sur ces orientations. Sans négliger les nombreuses difficultés et contradictions auxquelles elles sont confrontées, notre analyse souligne les apports de ces nouvelles stratégies : changement d'objectif des politiques (au moins en principe), dans la mesure où la lutte contre la pauvreté -et non plus l'ajustement structurel - est placée au premier plan ; renforcement potentiel de la démocratie à travers la mise en place de processus participatifs de définition des politiques ; accroissement de la cohérence entre les donateurs.

The World Bank and the International Monetary Fund launched a joint initiative in September 1999, setting the fight against poverty at the heart of development policies. Under this initiative, developing countries wishing to apply for financial aid from either of the organizations, or for debt relief under the HIPC (Heavily Indebted Poor Countries) Initiative, are required to draw up poverty reduction programs known as Poverty Reduction Strategy Papers (PRSP). Most low-income countries are now engaged in designing or implementing such policies. All the other donors have decided to follow suit and to link their aid policies to the PRSP system. Without neglecting the numerous difficulties and contradictions facing these new strategies, our analysis points out three main innovations: first, it is to be welcomed that the Bretton Woods Institutions have adopted poverty reduction and not structural adjustment as their main goal; second, adopting a participatory process for defining and monitoring the PRSPs certainly has great potential for strengthening democracy; last, these new initiatives have increased coherence between donors.

Razafindrakoto M., Roubaud F. (2001), Pensent-ils différemment : la « voix des pauvres » à travers les enquêtes statistiques, DIAL Document de travail, Paris, IRD, 42

Les résultats peu probants des stratégies passées en termes de réduction de la pauvreté ont conduit à se demander si elles répondaient effectivement aux besoins des populations démunies. Suivant l'objectif de la nouvelle génération de programmes d'accroître la participation et le pouvoir des pauvres ("empowerment"), les enquêtes d'opinions, quantitatives et statistiques, constituent un instrument original et efficace, pour écouter et relayer la "voix des pauvres" afin qu'ils puissent influer sur l'orientation des politiques. Cette méthode a été appliquée de façon empirique en tirant parti d'un corpus d'enquêtes auprès des ménages exceptionnellement riches, réalisées dans la capitale malgache. En premier lieu, l'analyse des conditions de vie démontre l'accumulation de handicaps chez les plus démunis - difficultés d'accès à l'emploi, au capital humain et physique, vulnérabilité, moindre insertion dans la vie de la société, en plus des différentes formes de privations - qui réduit d'autant leur chance de sortir de la pauvreté. En second lieu, en s'appuyant sur les opinions exprimées dans différents registres thématiques (réformes économiques, libéralisation, démocratie), il apparaît que, dans de nombreux domaines, le point de vue des pauvres ne diffère pas fondamentalement de celui de l'ensemble de la population. La spécificité du message formulé par les pauvres réside dans le fort « besoin d'Etat » qu'ils manifestent.

The lack of success of past strategies in reducing poverty has raised doubts as to whether these strategies were really an appropriate response to the needs of impoverished populations. Bearing in mind the aims of the new generation of development programmes to "empower" the poor, representative opinion polls combined with quantitative statistical surveys can be an innovative and effective way of hearing and relaying the "voice of the poor", so that they can affect decision- making and influence policy. This method was applied empirically, drawing on an exceptionally rich corpus of household surveys carried out in the capital of Madagascar. First, analysis of living conditions shows an accumulation of handicaps among the poorest - difficulty of finding employment, low access to human and physical capital, vulnerability, poor integration in social life, besides the various forms of deprivation - which even further reduce their chance of rising out of poverty. Second, based on views expressed on a wide range of themes such as economic reform, liberalisation and democracy, it emerges that, on many issues, the opinions of the poor do not differ fundamentally from those of the population as a whole. The specificity of the poor's message lies in their strong "need for the State".

Razafindrakoto M., Roubaud F. (2001), La dynamique du marché du travail dans l'agglomération d'Antananarivo entre 1995 et 1999 : La croissance macro-économique profite-t-elle aux ménages ?, DIAL Document de travail, Paris, IRD, 27

Madagascar enregistre depuis 1997 des performances macro-économiques sans précédent. Cependant, des interrogations subsistent, d'une part, sur les fondements de ce diagnostic, compte tenu des lacunes en termes d'informations statistiques, et d'autre part, sur l'impact effectif de cette dynamique sur les conditions de vie des ménages malgaches. Partant de données de qualité sur cinq années consécutives de 1995 à 1999, disponibles grâce à un dispositif d'enquêtes solide, l'analyse du marché du travail et des conditions de vie des ménages confirme la trajectoire favorable de l'économie pour les habitants de l'agglomération d'Antananarivo. L'arrêt du processus d'informalisation du marché du travail, le dynamisme du secteur privé formel, et notamment de la zone franche, en termes de création d'emploi, et surtout les gains substantiels de pouvoir d'achat des ménages (dont le revenu moyen augmente de 38% en l'espace de quatre ans), sont autant de signes encourageants, témoignant de l'amélioration de la situation économique. Les effets induits de cette dynamique, parmi lesquels le recul du chômage et du sous-emploi, la diminution du taux d'activité des enfants qui entraîne de façon concomitante une hausse du taux de fréquentation scolaire, l'affaiblissement de la discrimination entre hommes et femmes en termes de rémunération, la régression de la pauvreté, constituent des résultats positifs qui méritent d'être soulignés. Toutefois, si tous les ménages ont tiré profit de cette reprise économique, celle-ci semble avoir plus favorisé les mieux lotis. Ainsi, des politiques adéquates doivent être mises en place pour mieux répartir les fruits de la croissance et pour consolider la dynamique en cours.

National accounts data indicate good performance since 1997. But how far can we trust this diagnostic given the weakness in official statistics? If the improvement in real growth reveals effective, do households benefit from it? To address these questions, this study analyzes reliable data from five consecutive surveys on employment and household living conditions, from 1995 to 1999. The results confirm the current favorable orientation of the economy for the people of Antananarivo. The formal private sector dynamism in terms of job creation, and the sizeable increase of household purchasing power are the most striking evidence of rapid recovery of the labor market. Due to this positive trend, under-employment and unemployment decrease, the reduction of child employment rate leads to a better school enrollment, and the incidence of poverty declines.

Razafindrakoto M., Roubaud F. (2001), La statistique au service du débat démocratique en Afrique : l'exemple du projet MADIO à Madagascar, DIAL Document de travail, Paris, IRD, 17

Le vent de démocratisation, qui souffle sur le continent africain depuis une décennie, doit être considéré comme une formidable opportunité pour la statistique publique. La montée en puissance de la société civile et la libération des médias ont ouvert un espace public dynamique où la statistique a un rôle central à jouer. De l'accès à une information de qualité dépend la vitalité du débat public sur les principaux problèmes de société, ainsi que l'émergence d'une citoyenneté effective, consubstantielles de la démocratie. La double transition politique et économique (promotion de l'économie de marché) exige que la statistique publique africaine sorte du tête-à-tête exclusif et stérilisant avec l'Etat central, dans lequel elle s'est cantonnée jusqu'à maintenant. Cette contribution présente l'expérience novatrice du projet MADIO à Madagascar, où une articulation originale entre production statistique, analyse économique et diffusion des résultats a pu avoir un impact important sur le débat public et instiller progressivement une « culture du chiffre » dans un pays où elle était quasiment absente. A travers des exemples concrets, nous montrons l'importance de la mobilisation de la presse pour démultiplier l'audience des informations économiques et sociales et, par voie de conséquence, pour rendre aux instituts de statistique leur légitimité perdue. Nous soulignons aussi la nécessaire fonction d'innovation qui doit conduire à aborder des thématiques nouvelles, en prise directe avec la réalité et la demande sociale.

The wind of democratisation, which has been blowing across Sub-Saharan Africa for the last decade, must be considered as a superb opportunity for public statistics. The increase in power of the civil society and the liberation of the media have opened up a dynamic public space where statistics have a central role to play. Access to quality information is the basis for the vitality of the public debate on the main problems of society, as well as the emergence of an effective citizenship, integral parts of democracy. The double transition process, both political and economic (promotion of market economy) requires that African public statistics get out of the exclusive and sterilizing tête-à-tête with the central State, in which they have limited themselves until now. This paper presents the experience of the MADIO project in Madagascar, where the key to its success rested on a close joint between the production of quality statistics, economic analysis of the basic data, valuation and broad dissemination of the results. This strategy has manage to promote national public debate and has begun to create a "culture of numbers" in a country where it used to be previously inexistent. Through selected examples, we shall show the importance of mobilizing the media to reinforce the impact of economic and social information. It is a good way for the national statistics institutes to break the vicious circle in which they are stuck and regain their credibility (and starting from this, to regain their legitimacy) currently under dispute. Furthermore, we stress the pivotal role of innovation function, which must lead to address new topics more directly linked to social demand.

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